Mallarmé.

Et de mes langoureuses résurrections galvaudées par l'opacité des silences, progressèrent la formation de quelques mots, salis par les regards, et ouverts dans le sauvage même de
l'organe, par le sang brûlant des critiques, et des plaintes des foules.
Il y eût les nouveaux essaims de complexités, et les masses fraîchement élancées de courbes et de teintes détournées, qui prirent le temps, en quelques froides périodes d'inspiration, de
pénétrer dans les sons écrits, et de nourrir les substances déjà nauséeuses de mes phraséologies - et de mes sensationnelles prétentions.
Ces coulées d'elixir brut et de poison antique, dans la lente éclosion d'une sérénade dansée, se diluèrent silencieusement dans les pages ; ces choses-là ayant déjà été dépravées
par quelques semences de discorde, que javais jetées à terre par l'âme, puis le doigt, et qui, une fois développées, s'étaient substituées en propos de haine, de lassitude ou de
révolte instables.
Il ne restait plus pourtant, dans ces feuillets froissés par le désir d'un neuf, cette promesse passée de beauté salvatrice, ou d'un extrait de flamme ; il restait peut-être l'effet d'un
renouveau atroce et l'intensité gâchée d'une passion délibérément avouée ; il restait, avec certitude, l'échec sombre et cru, foisonnant par milliers les secousses de forces internes et
les déceptions cruellement usées, et qui donnèrent, mises bout à bout, dans le firmanent d'un dernier jour, le tableau projeté et superbement net d'un suicide très prochain de l'âme et de
l'acte poétique - que la torture ne se lassait jamais de m'exposer.
Ah ! Sécheresse finale - ce serait l'achèvement très certain d'une lutte intrinsèquement virulente, qui aurait créé le déplorable
épuisement des Unions, choses mystiques qui avaient alors enrôlé en leur clandestinité, l'âme et la matière - l'idée et le mot.
__________
Mais des coulées torrentueuses de saveurs profondément noires, qui agitaient le fond de certains gosiers, se distinguaient à l'écart quelques gouttelettes de fraîcheur et de dignité propre ;
les éruptions effroyablement bruyantes, d'où s'exhalaient les lourdes atmosphères de sensations chargées d'envies et de regrets divins, furent bientôt étreintes par une beauté
nouvelle, une clarté si nette qu'elle ne pouvait connaître les méandres de cette vie connue d'excès et de saoûleries coupables. C'était, par-delà les criantes peintures de vermeil, la prestance
majestueuse d'une fine brume de rosé et de senteurs légèrement fleuries - c'était la fumée qui égayait la tombe ; ou l'écriture qui embrassait la vie.
Les grandes mains,
Toutes vieillies,
Serraient l'être innocent au cou,
Créant la chute
Des normes d'aisance
Dans les bas-fonds des grâces glacières ;
Faisant s'emparer
Du corps les grandes peines
Noyées dans les toux du trouble et du
Cri ;
Les yeux s'embuaient
De noires fumées,
Les nausées naquirent dans les blocs ronds,
La gorge criait d'elle même
Du tout vers le néant.
- Et parut la philosophie, et les grandes lignes,
Et les grandes
Pensées,
Décollant progressivement les grandes mains,
Toutes vieillies,
Et le feu des gorges brûlées ;
Rétablissant tout doucement
La pureté d'une
Atmosphère
Nécessaire à la survie de la
Liberté ;
Mais
L'asphyxie resurgit
Belle comme un sang qui implore l'or du feu :
- Nausées du vrai ;
Là, sous les bruissements des astres, où s'accolent les mouvements des contrastes et des couleurs,
Dans la soudaienté d'une âme criant sur la braise,
L'art accourut,
Dépouillant les corps
Des angoisses
Et les blocs ronds
Des vérités ;
Les projetant
Telles qu'elles
Sur la toile.
L'amour se perd dans les yeux noirs
Du fond
Du puits,
La vie s'élance sur le dos d'ailes longues
Surplombant les étendues absentes de l'horizon.
Le vent reçoit les ailes, et tourne,
Et la mort
Sonne ses grandes cloches
Plaquées de bois luisant et de cuivre
Tout plein de crasses
Crues, et de non-sens .
- Le retour du flambeau
Secoue sa toile encrassée
Des craintes
Le feu s'extinct dans les bouches sales
Les cris sèchent sur la braise
La braise meurt sur la toile.
*
Et sous les sanglots des gorges mortes,
Et les tremblements
Des mentons rigides
Surgissent la fougue rouge, et les touffes de cotton, et l'émeraude, et l'eau froide
Et les fièvres belles,
Et laides,
Où s'encrassent les hautes pensées
- Comme un corps dans une boue -
Crevant par la densité des airs faux et
Coulants dans une
Glue épaisse
Qui bout
Par
Terre.
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